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REVUE BELGE DE PHILOLOGIE ET D'HISTOIRE / BELGISCH TIJDSCHRIFT VOOR
FILOLOGIE EN GESCHIEDENIS, vol. 84-4, 2006, p. 1336-1338.
Le présent ouvrage est consacré au Septième Vitrail, le Vitrail
du Roi, offert en 1557 par Philippe II d'Espagne et son épouse Marie
Tudor à l'église Sint-Jan de Gouda. Ce vitrail est toujours en place dans
l'église qui a conservé un des derniers programmes iconographiques complets
conçus avant la Réforme. Le livre rassemble des contributions émanant
de différents auteurs, éditées par Wim de Groot suite à l'exposition Felipe
II. Un princípe del Renacimiento. Cette dernière, dont
la pièce maîtresse était le carton du Vitrail du Roi, a eu lieu
en 1998-1999 au Prado à Madrid, pour commémorer les quatre cents ans de
la mort de Philippe II.
L'ouvrage est divisé en deux parties. Le
prologue restitue le contexte historique au moment de la création du Vitrail
du Roi et expose les considérations qui suggèrent l'investissement
personnel de Philippe II dans la donation du vitrail de Gouda. Nous apprenons
ainsi que la ville de Gouda ne pouvait assumer seule la reconstruction
de l'église après l'incendie qui la ravagea en 1552 et la commande de
vingt vitraux à grande échelle à deux des plus célèbres «peintres
de vitraux» de Hollande au XVIe siècle, Dirck et Wouter Crabeth.
Les articles de la première partie de l'ouvrage retracent les évènements
historiques depuis la fin du règne de Charles V jusqu'au transfert de
pouvoir à Philippe II en 1555-1556, incluant les troubles religieux et
politico-économiques dans son royaume. Un essai retrace la chronique des
Joyeuses entrées du Prince aux Pays-Bas en 1549 et un autre s'intéresse
au rôle de Philippe II en tant que Prince consort en Angleterre après
son mariage avec Marie Tudor en 1554. Une étude sur la ville de Gouda
dresse un bilan de sa situation économique, culturelle et de la vie religieuse.
Elle envisage les relations avec les autres cités de Hollande et avec
les monarques Charles V et Philippe II, nous apprenant notamment que les
deux hommes avaient des droits d'avoués à l'égard de la paroisse de Gouda,
un des arguments qui expliquerait le geste de donation de Philippe II.
Les liens entre Erasme, la ville de Gouda et l'iconographie du Vitrail
du Roi sont également abordés, à travers la figure d'Herman Lethmaet
qui joua un rôle décisif dans la recherche d'un médiateur pour la commande
du vitrail. Deux articles s'intéressent plus particulièrement à l'histoire
de la construction de l'église Sint-Jan. Enfin, un essai est consacré
à la musique et à la liturgie à l'église Sint-Jan durant cette période.
La deuxième partie de l'ouvrage est dédiée à
l'étude du Vitrail du Roi. Elle commence par une description technique
du vitrail et du carton ainsi que du cartouche. Quatre dessins du vitrail
datant du XVIIe siècle sont également illustrés, de même que les chartes
de conservation de 1911, indiquant les parties originales et celles qui
résultent des campagnes de restauration ultérieures. Les trois premiers
articles sont consacrés au patronage des Habsbourg et prouvent que la
donation du Vitrail du Roi s'inscrit dans une longue tradition
familiale qui remonte à l'héritage bourguignon. La commande du vitrail
de Gouda émane des autorités de la ville, mais a été transmise au souverain
par le biais d'un médiateur proche de la cour, qui serait vraisemblablement
Viglius van Aytta. Ce dernier serait aussi intervenu dans la conception
du vitrail. Un essai s'interroge sur le phénomène particulier du maintien
des vitraux de l'église de Gouda durant la Réforme et jusqu'à nos jours.
Il s'expliquerait, d'une part, par l'attitude pro-habsbourgeoise de la
magistrature et par le fait que les vitraux appartenaient à une catégorie
différente d'objets que les iconoclastes ont plus souvent ignorés. D'autre
part, après 1572, lorsque l'église fut convertie au culte protestant,
les marguilliers continuèrent à adopter une attitude protectionniste à
l'égard des vitraux. Les articles qui suivent s'intéressent plus particulièrement
au programme iconographique du Vitrail du Roi. L'imagerie salomonique
du registre supérieur a été délibérément choisie par Philippe II et se
maintiendra ultérieurement, notamment à l'Escorial, bâtiment étendard
de la Contre Réforme. La représentation du couple royal en adoration devant
la Dernière Cène, au registre médian, s'inscrit comme un argument
visuel pour montrer que les souverains catholiques, et plus particulièrement
les Habsbourg, soutiennent ce culte, s'opposant ainsi aux protestants
qui refusent de reconnaître la doctrine de la transsubstantiation. L'étude
consacrée à la représentation héraldique du couple royal met en évidence
le caractère exceptionnel de la représentation de Philippe II qui incite
à croire que Dirck Crabeth s'est inspiré d'un modèle. Le maître verrier
s'est par contre montré très original et novateur dans l'agencement et
l'adaptation des parties ornementales du vitrail. Un autre article tente
de déterminer, d'un point de vue spéculatif, le prestige de la commande
du Vitrail du Roi. Il est suivi d'une synthèse très claire et explicite
sur l'organisation des guildes et des ateliers des maîtres verriers aux
Pays-Bas au XVIe siècle, avec des renvois au cas de Gouda. Les différentes
phases de création d'un vitrail y sont également détaillées, de même que
les techniques d'exécution d'une peinture sur verre. Enfin, l'ouvrage
se termine par une chronique des différentes campagnes de restauration
du vitrail. Elle met en évidence le caractère exceptionnel de leur entretien
qui a permis la conservation unique des vitraux, cartons et dessins, grâce
à l'effort constant des fabriciens de l'église.
Cet ouvrage réjouira le lecteur par ses
approches variées et rigoureuses ainsi que par l'abondance et la qualité
de ses illustrations. L'historien de l'art se verra néanmoins quelque
peu déçu de ne pas y trouver de véritable analyse stylistique du Vitrail
du Roi, ni d'approche critique de la problématique des campagnes de
restauration du prestigieux vitrail et de son carton.
VALENTINE HENDERIKS
Université Libre de Bruxelles
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